Chambre de Nicéphore Niepce 1827

1816 Les premiers essais
Les boîtes à sténopé Niépce fabrique ses premiers appareils rudimentaires en utilisant des boîtes de dérivation en bois de récupération.
Le négatif jetable Il réussit à obtenir des images sur du papier imprégné de chlorure d’argent, mais ne sait pas encore les fixer.
1826 – 1827 La consécration au Gras
Le modèle de précision Il commande à l’opticien Vincent Chevalier des lentilles de meilleure qualité et conçoit une chambre noire en noyer munie d’un soufflet intérieur pour régler la mise au point.
La première photo Placé au bord de la fenêtre de sa chambre-atelier en Bourgogne, cet appareil capture la célèbre plaque de bitume de Judée le Point de vue du Gras.
1829 L’association avec Daguerre
Le partage des secrets Niépce s’associe à Louis Daguerre pour perfectionner l’appareil et la chimie.
L’évolution technique La chambre noire s’équipe de lentilles achromatiques plus lumineuses pour réduire le temps de pose.
Postérité Préservation et musées
La redécouverte La plaque de 1827 est perdue puis retrouvée en 1952 par l’historien Helmut Gernsheim.
Aujourd’hui La maison natale (Maison Nicéphore Niépce à Saint-Loup-de-Varennes) a recréé sa chambre-atelier à l’identique, tandis que ses appareils originaux sont conservés au Musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône.
Daguerréotype 1839

1829 – 1833 L’alliance Niépce-Daguerre
L’association Louis Daguerre s’associe à Nicéphore Niépce pour améliorer la sensibilité de l’héliographie.
La mort de Niépce À la mort soudaine de Niépce en 1833, Daguerre poursuit seul les recherches à partir de leurs notes communes.
1835 – 1837 La découverte de l’image latente
Le mercure Daguerre découvre par accident qu’une plaque d’argent exposée, puis soumise à des vapeurs de mercure, révèle une image invisible à l’œil nu.
La réduction du temps Cette méthode magique fait passer le temps de pose de plusieurs heures à seulement quelques dizaines de minutes.
Le fixateur En 1837, il parvient à fixer l’image de manière permanente avec une solution de sel marin chaud.
1839 L’année de la consécration mondiale
L’achat par l’État François Arago, scientifique et député, présente l’invention à l’Académie des sciences. L’État français achète le procédé contre une pension à vie pour Daguerre et le fils de Niépce.
Le « cadeau au monde » Le 19 août 1839, le secret du daguerréotype est dévoilé publiquement à Paris et déclaré libre de droits pour le monde entier (sauf en Angleterre).
La « Daguerréotypomanie » Les premiers appareils commerciaux, fabriqués par Alphonse Giroux, s’arrachent à prix d’or. Tout le monde veut son portrait.
Les années 1850 Le déclin
L’objet unique Le daguerréotype produit une image unique sur plaque métallique, sans négatif, impossible à dupliquer.
La relève Il est rapidement détrôné dans les années 1850 par le calotype (sur papier) puis par le collodion humide, plus rapides, moins chers et reproductibles.
Appareil de Talbot 1840

La transition professionnelle
Face à la féroce concurrence de Daguerre dévoilée en 1839, Talbot abandonne le bricolage maison.
Dès la fin de 1839 et durant l’année 1840, il commande des appareils d’une grande finesse auprès d’opticiens et de fabricants d’instruments londoniens renommés, comme Andrew Ross.
Le judas de mise au point
Certains de ses boîtiers en bois de 1840 possèdent une particularité technique un trou d’inspection supérieur (ou judas) muni d’un bouchon de liège.
Il permet à l’opérateur de vérifier visuellement que l’image projetée est bien centrée et nette directement sur le papier sensible avant l’exposition.
Le double boîtier coulissant
Les chambres s’agrandissent et adoptent un système de deux boîtes en bois imbriquées coulissant l’une dans l’autre (système à tiroir) pour effectuer une mise au point précise selon la distance du sujet.
Le procédé calotype utilisé dans ces appareils est officiellement breveté en 1841. Il devient l’ancêtre direct de la photographie argentique moderne (le principe du négatif/positif).
Plusieurs de ces appareils originaux et « souricières » sont aujourd’hui conservés précieusement au Science Museum de Londres ainsi qu’au National Science and Media Museum de Bradford.
Chambre de Voigtländer 1841

1840 L’alliance de la science et de l’optique
Le mathématicien hongrois Joseph Petzval conçoit la toute première formule optique calculée scientifiquement pour la photographie.
Fabriqué par Voigtländer, cet objectif de Petzval ouvre à f/3.7 (ou f/3.5), ce qui le rend 16 à 20 fois plus lumineux que les optiques Chevalier des premiers daguerréotypes.
1841 La naissance de la fusée en laiton
Le premier appareil tout en métal : Contrairement aux imposantes boîtes en bois de Daguerre ou de Talbot, Voigtländer crée un boîtier fuselé entièrement en laiton poli, évoquant la forme d’un petit télescope ou d’un obus.
Une vitesse révolutionnaire : Grâce à l’optique Petzval, le temps de pose s’effondre. Il passe de 15 minutes en plein soleil à seulement 30 à 90 secondes. Le portrait humain sans d’interminables instruments de torture pour maintenir la tête devient enfin viable.
Le format circulaire :
L’appareil est conçu spécifiquement pour impressionner des petites plaques daguerréotypes rondes de 8 à 9 cm de diamètre.
Le fonctionnement technique
L’appareil se compose de deux cônes en laiton.
Le photographe effectue la mise au point sur un verre dépoli circulaire placé à la section la plus large en s’aidant d’une loupe intégrée au petit cône arrière.
La manipulation dans le noir
Une fois l’image nette, l’opérateur doit transporter tout l’appareil dans la chambre noire, dévisser la section arrière pour y substituer la plaque de cuivre argentée sensible, puis replacer l’appareil sur son trépied dans un berceau cranté spécial pour conserver un cadrage identique.
Postérité et succès commercial
Le prix d’un cheval
Vendu environ 120 florins (une somme colossale pour l’époque), l’appareil s’écoule pourtant à 600 exemplaires, un immense succès pour le tout premier appareil produit en série de l’histoire.
Aujourd’hui
Les rares exemplaires originaux survivants font partie des pièces les plus chères au monde pour les collectionneurs (un modèle s’est vendu 580 000 € aux enchères en 2025).
Plusieurs musées majeurs comme le Musée de la technique de Vienne ou le Kameramuseum Westlicht en exposent de parfaites répliques.
Appareil Dubroni 1864

L’appareil Dubroni (1864) est une invention révolutionnaire française qui marque la naissance du premier laboratoire photographique de poche. Conçu et breveté par le chimiste parisien Jules Bourdin (qui utilise l’anagramme « Dubroni »), cet appareil résout le plus grand problème de son époque : l’obligation de transporter une tente noire et des produits chimiques toxiques lors des déplacements.
1864 La solution au calvaire du collodion humide
Le contexte : Dans les années 1860, le procédé au collodion humide exige de sensibiliser la plaque de verre juste avant la prise de vue, puis de la développer immédiatement après, avant qu’elle ne sèche.
Le coup de génie : Dubroni a l’idée d’intégrer le laboratoire de développement directement à l’intérieur de l’appareil, éliminant le besoin d’une chambre noire externe.
Fonctionnement
La chambre-bouteille : L’intérieur du boîtier en bois contient une petite bouteille en verre jaune, ambre ou rouge inactinique (qui bloque les rayons lumineux qui dégraderaient l’image).
Les pipettes et seringues : Le photographe utilise des seringues en verre introduites par un petit trou au sommet de l’appareil.
Le protocole interne :
- On injecte le nitrate d’argent pour sensibiliser la plaque de verre fixée à l’arrière.
- On expose le sujet en ouvrant l’objectif.
- On aspire le premier produit, puis on injecte le révélateur et le fixateur directement à l’intérieur.
- On sort la photo : elle est entièrement développée.
Succès et miniaturisation
Le premier appareil pour amateurs : Grâce à sa simplicité d’utilisation et sa compacité, il connaît un immense succès auprès des voyageurs, des scientifiques et des premiers photographes amateurs.
Les formats : Commercialisé par la maison Dubroni à Paris, l’appareil se décline en plusieurs tailles, dont un modèle miniature extrêmement populaire pour réaliser des portraits au format « carte de visite ».
Postérité
L’ancêtre du Polaroid : En permettant le développement instantané in situ sans laboratoire mobile, le système Dubroni est considéré par les historiens comme le lointain ancêtre du concept de la photographie instantanée.
Aujourd’hui : Ces appareils complets (avec leur coffret d’origine contenant les flacons et les pipettes) sont des pièces de collection très recherchées, visibles au Musée français de la photographie de Bièvres ou au George Eastman Museum de Rochester.
Chambres de voyage 1885

Le concept : L’appareil « accordéon » pliable
Compacité : Elle se replie entièrement sur elle-même pour devenir une fine mallette en bois légère et facile à transporter.
Soufflet en cuir : Un soufflet plissé (souvent rouge ou noir) relie l’objectif au dos de l’appareil et se comprime pour le rangement.
Matériaux nobles : Fabriquée en bois légers et robustes (acajou, noyer) avec des fixations en laiton poli.
La révolution technique de 1885
Plaques sèches : Elle utilise le procédé au gélatino-bromure d’argent. Les plaques de verre s’achètent prêtes à l’emploi et se développent des mois plus tard, éliminant le besoin d’un laboratoire de chimie portatif.
Châssis double : Le photographe voyage avec des petits coffrets en bois (châssis) contenant chacun deux plaques de verre, qu’il glisse à l’arrière de l’appareil au moment du cliché.
Mouvements du corps : Introduction du décentrement et de la bascule pour corriger les perspectives (éviter les lignes fuyantes sur les monuments).
Obturateur mécanique : Le temps de pose passe sous la seconde. Retirer le bouchon de l’objectif à la main ne suffit plus ; on installe des obturateurs mécaniques ou pneumatiques.
Impact et fabricants phares
Essor du tourisme : Cet appareil démocratise la photographie de paysage, les expéditions lointaines et l’édition des premières cartes postales.
Marques célèbres : Lancaster & Son (Angleterre) ou Soulé (France) figurent parmi les constructeurs les plus réputés de l’époque.
Escopette de Darier 1888

Le concept : Photographier comme on tire au pistolet
La forme d’une arme : L’appareil tire son nom de l’escopette (une ancienne arme à feu). Il est monté sur une véritable crosse de pistolet en bois.
La gâchette-déclencheur : Pour prendre la photo, l’opérateur presse une détente métallique située sur la crosse, actionnant un obturateur sphérique ultra-rapide (jusqu’au 1/100e de seconde).
Visée à l’instinct : L’appareil ne possède aucun viseur. Le photographe doit littéralement « braquer » l’appareil vers son sujet en s’alignant sur des lignes de visée tracées sur le boîtier en acajou ou en noyer.
La révolution technique de 1888
L’adoption du film souple : Créé la même année que le premier boîtier George Eastman (Kodak n°1), l’Escopette est l’un des tout premiers appareils européens conçus pour utiliser la pellicule souple en rouleau d’Eastman au lieu des plaques de verre.
Autonomie record : Le rouleau permet d’engranger jusqu’à 110 clichés circulaires de 65 mm de diamètre sans recharger l’appareil.
Stabilité hybride : Pensé pour être utilisé à la main, l’appareil intègre également deux petits pieds en laiton escamotables à l’avant pour pouvoir être posé de manière stable sur une table.
Succès et postérité
L’Exposition universelle de 1889 : Présenté à Paris, l’appareil fait sensation pour sa compacité et décroche une médaille d’argent.
Le premier reportage sur le vif : Le célèbre photographe genevois Frédéric Boissonnas utilise l’Escopette pour couvrir la Fête des Vignerons de Vevey en 1889. Ce travail est considéré comme l’un des premiers grands reportages photographiques instantanés de l’histoire.
Aujourd’hui : C’est une pièce de collection d’une rareté extrême (estimée à plusieurs dizaines de milliers d’euros). Quelques exemplaires subsistent au Musée suisse de l’appareil photographique à Vevey ainsi qu’au Musée des Arts et Métiers à Paris.
Kodak N°1 1888

C’est l’appareil le plus important de l’histoire de la photographie grand public. Conçu par l’Américain George Eastman, il fait passer la photographie d’une pratique de spécialistes à un loisir de masse grâce à son célèbre slogan : « Vous appuyez sur le bouton, nous faisons le reste. »
Le concept : La boîte noire simplifiée à l’extrême
La « Box » : L’appareil se présente sous la forme d’une petite boîte en bois recouverte de cuir noir, sans aucun réglage de mise au point ni de lumière.
Le film souple : Il abandonne définitivement les lourdes plaques de verre pour utiliser un rouleau de film souple en papier (puis en celluloïd), capable de prendre 100 images de forme circulaire (65 mm de diamètre).
Le fonctionnement : L’utilisateur n’a que trois gestes à faire : tourner une clé pour avancer le film, tirer sur une ficelle pour armer l’obturateur, et appuyer sur le bouton pour prendre la photo.
Le système révolutionnaire du traitement
Le laboratoire d’usine : L’acheteur n’a pas besoin de manipuler de produits chimiques. Il achète l’appareil chargé de son film pour 25 dollars.
Le retour par la poste : Une fois les 100 photos prises, l’utilisateur renvoie l’appareil entier à l’usine Kodak de Rochester.
Le service tout compris : Pour 10 dollars, Kodak développe le film, tire les photos sur des cartons ronds, recharge l’appareil avec un film neuf et renvoie le tout au client.
Impact et postérité
Naissance du « Snapshot » : C’est la naissance de la photo instantanée sur le vif, des photos de famille et des souvenirs de vacances (les instantanés ou snapshots).
Création d’un géant : Cet appareil marque la fondation de l’empire industriel d’Eastman Kodak, qui dominera le marché mondial pendant plus d’un siècle.
Aujourd’hui : Les exemplaires originaux complets avec leur ficelle d’armement sont des icônes de musée, visibles notamment au George Eastman Museum (États-Unis) ou au Science Museum de Londres.
Photosphère de Napoléon Conti 1888

C’est un appareil d’une modernité stupéfiante qui marque l’apparition des premières chambres photographiques « tropicalisées ». Pensée spécifiquement pour les explorateurs, elle rompt avec la tradition du bois pour imposer une conception entièrement métallique capable de résister aux climats extrêmes.
Le concept : L’appareil blindé des explorateurs
Le tout-métal : Développé dès 1886 par Napoléon Conti, l’appareil est construit en laiton nickelé ou argenté. Il est totalement insensible à l’humidité, à la moisissure et à la chaleur des pays tropicaux, contrairement aux chambres en bois qui travaillent et se fendent.
Le défi du poids : Le cahier des charges initial de Conti impose que cet appareil métallique ne soit pas plus lourd qu’un modèle équivalent en bois.
Le design unique : L’appareil se distingue immédiatement par sa façade avant en forme de calotte demi-sphérique (qui lui donne son nom) greffée sur un boîtier rectangulaire plat.
La technique : Le dôme et l’obturateur sphérique
L’obturateur invisible : C’est la forme de l’obturateur qui dicte le design de l’appareil. Logé à l’intérieur du dôme avant, l’obturateur est une lame courbe hémisphérique percée d’un trou.
Actionné par un ressort, il bascule rapidement pour exposer la plaque.
La polyvalence des dos : Le dos plat peut recevoir soit des châssis doubles classiques en bois (contenant deux plaques), soit un châssis-magasin amovible automatique (magasin tiroir) pour enchaîner les prises de vues.
Les accessoires modernes : L’appareil s’équipe de viseurs clairs amovibles. Conti pousse la praticité jusqu’à concevoir un support spécial pour fixer la Photosphère sur le guidon d’un vélo.
Succès et déclinaisons
La commercialisation : Breveté en novembre 1888, l’appareil est produit et vendu à partir de 1889 par la Compagnie Française de Photographie à Paris.
Les formats : Destiné à un public d’amateurs fortunés et de scientifiques, il est décliné en plusieurs tailles de plaques (8×9 cm, 9×12 cm, 13×18 cm). Une très belle version stéréoscopique (à deux objectifs) voit également le jour en 1891.
Une production limitée : Environ 4 000 exemplaires (toutes versions confondues) ont été fabriqués sur une décennie.
Aujourd’hui
Une patine recherchée : Avec le temps, l’argenture du laiton s’oxyde, donnant aux rares exemplaires survivants un aspect « argent vieilli » ou bronze patiné très recherché par les collectionneurs.
Dans les musées : On peut en admirer de superbes modèles au Musée suisse de l’appareil photographique de Vevey ainsi qu’au Kameramuseum Westlicht à Vienne.
Kodak Folding Pocket N°1 1897

Conçu par Frank Brownell pour la marque de George Eastman, cet appareil est considéré comme l’ancêtre direct de tous les appareils pliants modernes à film en rouleau. C’est lui qui introduit la forme plate et compacte qui dominera la photographie amateur pendant plus de quarante ans.
Le concept : L’appareil qui tient enfin dans la poche
L’effondrement de l’épaisseur : Contrairement aux boîtes rigides (comme le Kodak N°1 de 1888), cet appareil utilise un système de ciseaux articulés métalliques (des compas) reliés à un soufflet rétractable en cuir bordeaux.
Ultra-plat : Une fois replié, l’appareil ne fait que quelques centimètres d’épaisseur et se glisse facilement dans la poche d’un manteau, révolutionnant la liberté de mouvement du photographe.
Le changement de nom : Initialement baptisé simplement « Folding Pocket Kodak » à sa sortie en août 1897, il est renommé par la suite « N°1 » pour le différencier des nouveaux formats plus grands lancés par la marque (les célèbres versions 1A, 2, 3, etc.).
La technique : Simplicité et nouveau format de film
Le film 105 : Cet appareil inaugure un tout nouveau format de film souple en rouleau, le film Kodak 105
Le format d’image : Il produit 12 clichés par rouleau au format rectangulaire de 6 × 9 cm (exactement 2 ¼ × 3 ¼ pouces), qui s’impose instantanément comme le standard absolu des souvenirs de famille.
L’optique : Il intègre un objectif achromatique basique ouvrant à f/11 avec un obturateur proposant trois réglages : Instantané (environ 1/25e de seconde), Pose B et Pose T.
Le système de visée : Les toutes premières versions possèdent une façade bombée caractéristique entourant l’objectif dotée de minuscules miroirs de visée, permettant de cadrer horizontalement ou verticalement.
Succès commercial et postérité
Le juste prix : Vendu à sa sortie pour 10 dollars (l’équivalent d’environ 300 dollars actuels), il connaît un succès commercial fulgurant auprès du grand public.
Une longévité record : Le concept de base initié en 1897 est continuellement perfectionné par Kodak (avec l’apparition d’un abattant en aluminium en 1905 et le passage aux soufflets noirs en 1912) avant que sa production ne s’arrête définitivement en 1915.
Aujourd’hui : C’est une pièce incontournable de l’histoire de la photographie. Les versions de la première année (1897-1898) avec leurs ferrures en laiton verni et leur soufflet bordeaux d’origine sont particulièrement recherchées par les collectionneurs.
Japy Le Pascal 1898

C’est un appareil d’une importance historique capitale : il s’agit du tout premier appareil photo motorisé de l’histoire. Conçu par l’inventeur lyonnais Francisque Pascal et fabriqué en France par la célèbre maison d’horlogerie Japy Frères & Cie à Beaucourt, il introduit l’automatisation dans la prise de vue mécanique.
Le concept : L’horlogerie au service de la photo
Le moteur à ressort : Profitant du savoir-faire de Japy dans les mouvements d’horlogerie, l’appareil intègre un puissant moteur mécanique en acier que l’on remonte à l’aide d’une clé située sous le boîtier.
L’avance automatique : Dès que le photographe appuie sur le déclencheur, le mécanisme à ressort fait avancer automatiquement le film et réarme l’obturateur pour la vue suivante.
La « rafale » de l’époque : Ce système permet d’enchaîner rapidement les clichés. Le ressort est si puissant qu’il permet de prendre les 12 vues du rouleau d’affilée sans réarmement manuel.
La technique : Un format exclusif
La carrosserie : Malgré son moteur révolutionnaire, il conserve l’apparence d’un boîtier rigide (« Box ») assez simple en bois et métal, gainé de cuir ou de papier noir.
Le film spécial : Refusant les standards de Kodak, l’appareil utilise une pellicule exclusive conçue par le chimiste Victor Planchon (qui fournira plus tard les frères Lumière). Elle permet d’obtenir 12 images au format rectangulaire de 40 × 55 mm.
L’optique : Il possède un objectif achromatique basique de 69 mm ouvrant à f/12 à mise au point fixe, doté de deux vitesses de déclenchement (Rapide et Lent) ainsi que d’une pose longue.
La visée : Le cadrage s’effectue grâce à un petit viseur de type Galilée pliable positionné sur le dessus du boîtier.
Succès et postérité
Un problème de stabilité : Si l’invention est géniale, elle souffre d’un défaut pratique, les vibrations provoquées par le puissant moteur à ressort sont si fortes qu’il est difficile de maintenir l’appareil parfaitement immobile à la main, ce qui entraîne parfois des photos floues.
Une fabrication courte : Breveté en 1898 et produit principalement à partir de 1899, sa carrière commerciale est brève, notamment en raison d’une finition un peu fragile (les gainages en papier se décollaient facilement) et de la concurrence féroce des pellicules standardisées.
Aujourd’hui : Le Pascal est une rareté absolue et un oiseau rare pour les collectionneurs. Sa place de « pionnier de la motorisation » en fait une pièce maîtresse, visible dans les musées spécialisés comme le Musée français de la photographie de Bièvres.